Lo sposo deluso (K. 430) — fragment abandonné d’un opera buffa de Mozart
par Wolfgang Amadeus Mozart

Lo sposo deluso, ossia La rivalità di tre donne per un solo amante (K. 430) est un opéra comique italien inachevé, commencé en 1783, lorsque Wolfgang Amadeus Mozart avait 27 ans et faisait la navette entre Salzbourg et Vienne. Ce qui nous en est parvenu constitue un petit groupe de numéros de l’acte I, bref mais très vivant — de quoi montrer Mozart pensant déjà le théâtre à travers les ensembles, alors même que le projet fut rapidement mis de côté.
Contexte et genèse
En 1783, Mozart vient de s’établir à Vienne après sa rupture avec la cour de Salzbourg, tout en restant lié par intermittence à Salzbourg, entre affaires familiales et obligations laissées en suspens. C’est dans ce moment d’instabilité qu’il entreprend, puis abandonne, Lo sposo deluso — un opera buffa dont le titre complet (« le fiancé abusé, ou la rivalité de trois femmes pour un seul amant ») renvoie à un ressort comique bien connu, fait de fiançailles mal assorties et de désirs concurrents.[1]
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L’œuvre ne semble pas avoir répondu à une commande de représentation clairement établie, et la musique conservée suggère une composition par à-coups : Mozart a ébauché plusieurs numéros, mais un seul nous est parvenu entièrement orchestré de sa main.[1] Le librettiste n’est pas identifié avec certitude (les matériaux de livret de la Digital Mozart Edition témoignent eux aussi d’un travail éditorial visant à restituer ce que la tradition textuelle permet de récupérer, plutôt que d’une attribution d’auteur définitivement fixée).[2]
Ce qui subsiste
Seule une poignée de numéros du premier acte a survécu, généralement présentée aujourd’hui sous la forme de cinq pièces distinctes : une ouverture, un quatuor d’ouverture, deux airs (tous deux laissés incomplets dans l’orchestration de Mozart) et un trio.[1] L’extrait de livret conservé par la Digital Mozart Edition confirme au moins deux de ces numéros survivants ainsi que leur place en tant que moments dramatiques autonomes — un air pour Eugenia (n° 2) et un trio Andantino (n° 4) pour Bocconio, Don Asdrubale et Eugenia.[2]
Sur le plan musical, c’est dans l’écriture d’ensemble que le fragment se révèle le plus caractéristique. Le quatuor d’ouverture (souvent identifié par son refrain « Ah, ah… che ridere! ») fait du rire un procédé rythmique et interruptif — un sens du tempo comique transposé en structure musicale, avec répliques rapides et réactions superposées, qui annonce les ensembles conversationnels plus complexes des opéras viennois ultérieurs de Mozart.[3]
À l’inverse, les deux airs nous sont parvenus dans un état plus esquissé : Mozart en a tracé la ligne vocale et la basse, mais n’a pas achevé l’orchestration complète dans l’autographe, laissant aux éditeurs et arrangeurs ultérieurs le soin de fournir la texture manquante lors des exécutions.[1]
Contexte musicologique
Lo sposo deluso appartient à la même période créatrice que l’autre projet comique italien abandonné par Mozart en 1783, L’oca del Cairo (K. 422), et montre le compositeur en train d’explorer jusqu’où il pouvait pousser la caractérisation dans l’opera buffa par le biais des ensembles plutôt que par des airs de virtuosité autonomes.[1] La postérité du fragment a donc moins consisté à « ressusciter un opéra » qu’à présenter de manière rigoureuse — et, lorsque c’est nécessaire, à compléter — des numéros isolés pour l’usage en concert. Les exécutions modernes s’appuient fréquemment sur des reconstitutions éditoriales afin de produire un matériel d’exécution cohérent à partir de l’orchestration partielle de Mozart, tout en respectant ce que le manuscrit transmet effectivement.[1]
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[1] Boston Baroque resource note summarizing the surviving numbers, their state of orchestration, and later performance history.
[2] Digital Mozart Edition (Stiftung Mozarteum Salzburg), Libretto Edition PDF for *Lo sposo deluso* KV 430 (424a), showing the sung text for surviving numbers (including No. 2 aria and No. 4 trio).
[3] Hungarian State Opera article describing the overture and quartet from *Lo sposo deluso* and characterizing the quartet’s laughter motif.







