Bastien und Bastienne (K. 50) — le singspiel pastoral de Mozart à douze ans
볼프강 아마데우스 모차르트 작

Bastien und Bastienne (K. 50) est un Singspiel allemand en un acte, composé à Vienne en 1768, alors que Wolfgang Amadeus Mozart (1756–1791) n’avait que douze ans. D’une ambition modeste mais d’une étonnante assurance dans la caractérisation, l’ouvrage reprend une intrigue pastorale à la mode, dont l’origine remonte en dernière instance au Le devin du village de Rousseau.
La vie de Mozart à l’époque
En 1768, la famille Mozart vit à Vienne, où Wolfgang, âgé de douze ans, est déjà—malgré son jeune âge—un compositeur de théâtre expérimenté : l’année précédente, il a écrit le drame scolaire latin Apollo et Hyacinthus (K. 38), et des entreprises lyriques de plus grande envergure ne tarderont pas à suivre. Bastien und Bastienne s’inscrit dans ce moment viennois d’apprentissage—au contact des scènes professionnelles, des chanteurs, et du goût de la ville pour un divertissement pastoral et léger—tout en portant clairement la marque d’un garçon qui éprouve comment les mots, le geste et la mélodie peuvent transformer une jalousie domestique en comédie de théâtre.12
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La tradition associe l’œuvre au médecin Franz Anton Mesmer, dont le théâtre de jardin privé est souvent cité comme lieu probable envisagé ; toutefois, les preuves d’une représentation effective en 1768 restent incertaines, et la première mise en scène documentée est bien plus tardive (Berlin, 2 octobre 1890).23 Cet écart entre une origine vraisemblable et une histoire des représentations vérifiable fait partie du pouvoir de fascination de l’opéra : c’est une œuvre de scène de jeunesse de Mozart qui semble avoir trouvé une existence plus sûre sur le papier que dans le répertoire.
Composition et manuscrit
Mozart compose Bastien und Bastienne à Vienne en 1768 ; Leopold Mozart l’inscrit ensuite dans son propre catalogue comme une « teutsche Operette ».1 Le texte allemand est généralement rattaché à Friedrich Wilhelm Weiskern, Johann Heinrich Friedrich Müller et Johann Andreas Schachtner, même si la répartition exacte du travail (et l’ampleur des remaniements) demeure sujette à prudence éditoriale.24
Le livret se situe au terme d’une chaîne d’adaptations. Son ancêtre immédiat est une version viennoise populaire de Les amours de Bastien et Bastienne (elle-même liée à des parodies théâtrales françaises), et le modèle plus profond est la pastorale de Jean-Jacques Rousseau, Le devin du village.25 À Vienne, comptait moins l’aura philosophique de Rousseau que la formule prête pour la scène : deux jeunes amoureux, un malentendu passager, et un « magicien » averti qui manœuvre la réconciliation.
Les forces orchestrales de la partition sont réduites—ce qui convient à un théâtre privé comme à des moyens juvéniles—mais Mozart pense déjà en homme de théâtre par la couleur instrumentale. Les nomenclatures typiques indiquent :
- Bois : 2 flûtes, 2 hautbois (avec basson ad libitum selon certaines sources)
- Cuivres : 2 cors
- Cordes : violons I & II, alto, violoncelle/contrebasse
- Continuo : clavecin (ou clavier)
Cette économie n’est pas une simple contrainte : elle favorise des textures limpides, des échanges rapides à la manière du dialogue, et une intimité qui convient au miniaturisme pastoral de l’ouvrage.67
Caractère musical
On décrit souvent Bastien und Bastienne comme une « miniature », mais l’œuvre est plus qu’une curiosité. Le drame est conçu pour une alternance vive entre dialogues parlés et numéros fermés, marque distinctive du Singspiel. Avec seulement trois rôles nommés—Bastienne (soprano), Bastien (ténor) et Colas (basse)—Mozart doit rendre les personnalités immédiatement audibles, et il y parvient en opposant des manières musicales nettement caractérisées.2
La musique de Bastienne s’oriente fréquemment vers le style du Lied allemand—simplicité strophique, phrasé direct, et une sincérité d’allure populaire—tandis que d’autres passages effleurent une élégance plus marquée par la France, reflet des origines culturelles mêlées de l’œuvre.2 Le centre comique, Colas, est déjà un type scénique reconnaissablement « mozartien » : à la fois charlatan et manipulateur bienveillant. Sa célèbre chanson d’enchantement (« Diggi, daggi, shurry, murry ») transforme des syllabes dénuées de sens en virtuosité théâtrale—une expérience enfantine de la parodie qui annonce le plaisir que Mozart prendra plus tard à démasquer la prétention par le son.2
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Ce qui distingue la pièce au sein de la production précoce de Mozart, c’est sa compréhension du rythme dramatique de l’opéra. Même à douze ans, Mozart façonne la querelle des amoureux avec un sens de la montée en tension et de la détente : la jalousie s’exprime en phrases ramassées et chantantes ; la réconciliation élargit l’espace musical ; et l’ensemble final offre à l’opéra cette remise à zéro sociale satisfaisante qu’exige la comédie pastorale.25 Pour les auditeurs et les mises en scène d’aujourd’hui, Bastien und Bastienne propose aussi quelque chose de rare dans le paysage lyrique du XVIIIe siècle : un opéra comique allemand précoce, bref, jouable avec des moyens limités, et pourtant plein de charme mélodique—une œuvre d’apprentissage qui laisse déjà entrevoir un futur maître apprenant, numéro après numéro, la respiration du théâtre.12
[1] Mozarteum Salzburg, Köchel-Verzeichnis entry for *Bastien und Bastienne* (KV 50): dating, genre, and catalogue remarks.
[2] Wikipedia: overview, librettists as commonly given, relationship to Rousseau/Favart tradition, and general performance-history notes.
[3] OperaGlass (Stanford University): performance history reference cited widely for the first documented performance (Berlin, 1890).
[4] Schott Music catalogue entry: credits for the original text authors associated with the libretto tradition (Weiskern/Müller).
[5] The Cambridge Mozart Encyclopedia (reference overview): Vienna 1768 context and derivation from Rousseau’s *Le Devin du village* via intervening versions.
[6] IMSLP work page: commonly cited instrumentation details and available scores/parts for *Bastien und Bastienne* (K. 50/46b).
[7] VMII (Vocal Music Information Index) page: roles and a concise instrumentation listing.









