K. 228

Double canon en fa majeur pour 4 voix en 2, K. 228 (K. 515b)

par Wolfgang Amadeus Mozart

Unfinished portrait of Mozart by Lange, 1782-83
Mozart, unfinished portrait by Joseph Lange, c. 1782–83

Le Double canon en fa majeur pour 4 voix en 2 (K. 228, également catalogué K. 515b) de Mozart est une miniature vocale viennoise de 1787—une musique faite pour des amis plutôt que pour le théâtre. Son charme tient à la manière dont il transforme, avec une aisance déconcertante, une énigme contrapuntique rigoureuse en quelque chose de chantable, de convivial et (discrètement) poignant.

Origines et contexte

Wolfgang Amadeus Mozart (1756–1791) compose le Double canon en fa majeur pour 4 voix en 2 à Vienne en 1787, à l’âge de 31 ans. Le Catalogue Köchel de la Fondation Internationale Mozarteum date l’œuvre de Vienne, 1787, et la classe comme un canon authentique (gesichert) à quatre voix—l’un des nombreux petits canons relevant des cercles de musique privée de Mozart plutôt que de la vie de concert publique.1

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Un élément clé attestant ce contexte domestique est sa transmission : la Neue Mozart-Ausgabe signale la présence du canon dans l’album de maison (Stammbuch) de Joseph Franz von Jacquin, ce type de souvenir mondain où les amis recueillaient poèmes, dessins et—tout particulièrement dans la Vienne de Mozart—de la musique.2 Un canon à quatre voix pouvait être essayé sur-le-champ à table par des amateurs capables, ou par les compagnons mélomanes de Mozart, sans instruments ni répétition. En ce sens, K. 228 s’inscrit aux côtés d’autres canons tardifs viennois comme une « petite forme » par laquelle Mozart entretenait avec le contrepoint un rapport quotidien, presque conversationnel.

Texte et composition

L’incipit du texte est « Ach, zu kurz ist unsers Lebens Lauf » (« Ah, trop brève est la course de notre vie »), bref memento mori qui confère à la miniature une tonalité méditative.1 L’œuvre apparaît aussi, dans certains catalogues, avec un texte alternatif commençant par « Lebet wohl » (« Adieu »), ce qui suggère le caractère souple et circonstanciel typique des canons de sociabilité—les mots pouvaient s’adapter à un moment, à une plaisanterie, ou à un départ.3

Musicalement, l’effectif est simple : quatre voix a cappella (V1–V4), sans types de voix précisés dans la notice de catalogue de base.1 L’intérêt réside plutôt dans la construction impliquée par « 4 voix en 2 » : il s’agit d’un double canon—deux canons se déployant simultanément—de sorte que la texture obéit à l’imitation selon plus d’un axe. Il en résulte une démonstration miniature de technique savante (Tonsetzkunst) rendue praticable pour un chant convivial, esthétique que Mozart cultive à maintes reprises à Vienne.1

Caractère musical

L’attrait singulier de K. 228 tient à la légèreté avec laquelle il assume la contrainte. À l’écoute, on perçoit d’abord souvent la fluidité de la mélodie et l’équilibre des phrases ; ce n’est qu’à force de réécoutes que l’ingéniosité véritable apparaît, les voix s’emboîtant avec une évidence presque inévitable. Un « double canon » peut aisément sonner étriqué ou scolaire, mais Mozart vise la clarté : chaque ligne demeure agréable à chanter, et le mouvement harmonique reste solidement ancré en fa majeur.

Dans la production de Mozart, ce petit canon mérite l’attention précisément parce qu’il condense deux versants de son style tardif en à peine une minute de musique : l’immédiateté sociable et le grand métier. En 1787—année également de Don Giovanni—Mozart pouvait passer du grand drame public au contrepoint privé sans rien céder de son sérieux artistique. K. 228 n’est pas une œuvre « majeure » par son ampleur, mais il est mozartien par excellence dans sa fonction : un cadeau, un jeu, et une réflexion musicale finement pesée, destinée à être partagée à voix haute entre amis.2

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[1] International Mozarteum Foundation (Köchel Catalogue): KV 228 ‘Doppelkanon in F oder Es’ — authenticity, dating (Vienna 1787), scoring (4 voices), text incipit.

[2] Digital Mozart Edition (Neue Mozart-Ausgabe, Canons volume): editorial notes referencing KV 228 in Joseph Franz von Jacquin’s house album (Stammbuch).

[3] AllMusic work/performance entry: ‘Double Canon in 4 parts in F major (“Ach! zu kurz” / “Lebet wohl”), K.228 (K. 515b)’—alternative text association.