Concerto pour violon n° 5 en la majeur, « turc » (K. 219)
di Wolfgang Amadeus Mozart

Le Concerto pour violon n° 5 en la majeur, K. 219 de Mozart — achevé à Salzbourg le 20 décembre 1775 — couronne la remarquable série de cinq concertos pour violon qu’il composa à dix-neuf ans, alors musicien de cour. Son célèbre épisode « turc » dans le finale est bien plus qu’un exotisme d’époque : c’est une irruption théâtrale qui met en relief, de façon plus nette et plus moderne, l’élégance qui l’entoure.
Contexte et genèse
En 1775, Wolfgang Amadeus Mozart (1756–1791) est toujours au service de Salzbourg, sous l’autorité de l’archevêque Hieronymus, comte Colloredo, comme organiste de cour et violoniste actif (souvent en qualité de Konzertmeister). Le violon n’est donc pas, dans sa vie, une couleur occasionnelle, mais un outil pratique : le calendrier musical de Salzbourg exige un flux constant de musique d’église et d’œuvres instrumentales utilisables, et l’art de Mozart se forge sous la pression de musiciens précis, de lieux précis et des attentes de l’archevêque.
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Les cinq concertos pour violon « mûrs » (K. 207, 211, 216, 218, 219) forment un atelier resserré où Mozart éprouve la manière dont la rhétorique de l’opéra — entrées, brusques changements d’affect, contrastes de caractère — peut être transposée dans l’arène publique du concerto. Un détail frappant de la transmission de K. 219 est que l’autographe lui-même est daté explicitement « Salisburgo li 20 di decembre 1775 », une précision rare qui ancre l’œuvre dans un instant déterminé plutôt que dans une vague généralité « Salzbourg, 1775 » [1].
La destination probable est la culture violonistique de l’orchestre de cour de Salzbourg, et des témoignages ultérieurs relient l’écriture pour violon de Mozart à ces années au violoniste italien Antonio Brunetti, collègue avec lequel Mozart entretient un mélange complexe de camaraderie et de frustration. Si la documentation ne permet pas de reconstituer une « histoire de commande » bien nette pour K. 219, le schéma est clair : Mozart écrit une musique de concerto capable de fonctionner à la fois comme divertissement de cour et comme véhicule pour la personnalité d’un soliste particulier.
Composition et création
La base de données Köchel de l’Internationale Stiftung Mozarteum situe l’achèvement de l’œuvre à Salzbourg, le 20 décembre 1775, et recense les sources conservées, au premier rang desquelles figure le manuscrit autographe [1]. Cet autographe est aujourd’hui associé à la Library of Congress à Washington, D.C., et sa provenance ultérieure se lit presque comme une histoire culturelle du collectionnisme : acquis via la succession André de manuscrits de Mozart, passé par des cercles viennois (dont la collection Wittgenstein), puis entré à la Library of Congress grâce à la Whittall Foundation en 1948 [2].
L’histoire des exécutions au moment de l’origine est moins limpide que ne le laisse croire la date de l’autographe. Le surnom « turc » relève de la réception plutôt que de la composition ; ce qui importe pour 1775, c’est que le concerto clôt la série salzbourgeoise de Mozart et se comporte déjà comme un petit drame. Les auditeurs d’aujourd’hui l’entendent parfois comme un unique « chef-d’œuvre » cohérent ; pourtant, sa postérité porte des indices montrant que Mozart (ou ses interprètes) le considéraient comme une matière adaptable : en moins d’un an, Mozart compose l’Adagio en mi majeur, K. 261, généralement compris comme un mouvement lent de substitution destiné à un contexte d’exécution du concerto plutôt que comme une inspiration indépendante [3]. Cette pratique de remplacement — écrire un nouveau mouvement pour renouveler l’attrait d’une œuvre ou l’adapter à un instrumentiste — était normale dans la vie du concerto à la fin du XVIIIe siècle ; elle rappelle que K. 219 a d’abord vécu comme répertoire, non comme objet figé de musée.
Un autre aperçu de l’identité pratique de l’œuvre vient de débats éditoriaux ultérieurs sur les détails les plus fins de l’autographe : le commentaire de Henle à propos d’une appoggiature contestée dans le premier mouvement montre à quel point, même dans un concerto « canonique », tout peut se jouer sur des questions minuscules de notation (lignes supplémentaires, emplacement d’une note d’agrément) qui influencent ce que les interprètes font réellement sur scène [4]. L’enjeu n’est pas la pédanterie. Il est de rappeler que l’écriture de Mozart — surtout dans l’idiome ornemental du concerto — repose sur des micro-gestes situés à la frontière entre composition et pratique d’exécution.
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Instrumentation
K. 219 est écrit pour violon solo et un orchestre salzbourgeois relativement compact, avec des paires de hautbois et de cors renforçant un ensemble de cordes qui peut toutefois conserver une clarté quasi chambriste [1].
- Bois : 2 hautbois
- Cuivres : 2 cors
- Cordes : violon solo ; violons I & II ; altos ; violoncelles et contrebasses
Deux implications méritent d’être soulignées. D’abord, les vents ne se réduisent pas à un simple remplissage harmonique : Mozart s’en sert souvent pour « mettre en scène » les entrées du soliste, créant une impression de timing conversationnel plutôt qu’un accompagnement continu. Ensuite, l’absence de trompettes et de timbales maintient la rhétorique plus proche du théâtre et de la sérénade de chambre que d’une démonstration symphonique cérémonielle — l’une des raisons pour lesquelles la « perturbation » turque du finale est si efficace : elle surgit dans un univers sonore jusque-là gouverné par la retenue de cour.
Forme et caractère musical
I. Allegro aperto (la majeur)
L’indication aperto est en elle-même un indice sur le caractère du mouvement. Plutôt que le profil serré, « argumentatif », de nombreux premiers mouvements de concerto, Mozart choisit quelque chose comme une scène ouverte, où les thèmes peuvent entrer comme depuis des coulisses différentes. Les gestes initiaux de l’orchestre offrent une luminosité sans insistance pesante, et la première apparition du soliste ressemble moins à une conquête qu’à un chanteur s’avançant.
L’un des traits les plus révélateurs du mouvement est la capacité de Mozart à rendre la décoration structurante. Les traits ne sont presque jamais un simple étalage ; ils fonctionnent comme rhétorique — retardant les cadences, attisant l’attente, ou « revoixant » un thème de sorte que son sens expressif se transforme lors de sa répétition. La discussion éditoriale persistante autour d’une appoggiature en note d’agrément dans l’autographe (et de la manière d’interpréter la notation de Mozart) rappelle que ces ornements ne sont pas des fioritures facultatives, mais une part de la grammaire du mouvement [4].
II. Adagio (mi majeur)
La tonalité du mouvement lent — mi majeur, dominante de la majeur — crée un espace lumineux, en suspension, à la fois logiquement « apparenté » et psychologiquement lointain. À l’exécution, le défi du mouvement n’est pas la virtuosité, mais le contrôle du souffle et le sens du déroulé narratif : il demande au soliste de soutenir de longues arches lyriques tout en restant attentif au commentaire discrètement coloré de l’orchestre.
Que Mozart ait ensuite fourni un mouvement lent alternatif (Adagio en mi majeur, K. 261) suggère fortement que le mouvement central du concerto était compris comme un centre expressif interchangeable — soit parce que les interprètes souhaitaient un autre type de cantabile, soit parce que le goût à Salzbourg évoluait rapidement [3]. L’existence d’un substitut ne diminue pas l’Adagio original ; elle met plutôt en lumière l’art pragmatique de Mozart : même les pages les plus « poétiques » demeuraient intégrées à une économie vivante et révisable de la performance.
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III. Rondeau : Tempo di Menuetto — Allegro (la majeur)
Le titre du finale contient déjà un petit paradoxe : un rondo qui commence en Tempo di Menuetto — mondain, équilibré, souriant — et pourtant renferme une interruption que les auditeurs ultérieurs qualifieraient de « turque ». Il ne s’agit pas d’un simple ornement alla turca à la mode. Cela fonctionne comme une scène insérée : la posture de la musique se transforme, l’articulation se durcit, et la danse élégante est soudain mise en relief par une énergie plus percussive, plus « extérieure ».
Le concerto révèle ici sa parenté avec l’instinct théâtral de Mozart. Le passage « turc » se comporte de manière scénique, presque comme si une autre troupe faisait irruption sur scène ; puis, tout aussi brusquement, le monde du menuet reprend ses droits. La fascination de l’Europe du XVIIIe siècle pour les sonorités de type janissaire a nourri de tels épisodes dans tous les genres, mais la torsion propre à Mozart est formelle : la couleur exotique n’est pas l’identité principale du rondo — c’est une perturbation qui aiguise notre perception de ce que le thème du rondo semblait « jouer » (posé, gracieux, socialement régulé) [2].
Réception et postérité
La célébrité moderne de K. 219 tient souvent au surnom du finale ; sa postérité plus profonde réside pourtant dans la synthèse qu’il opère entre brillance violonistique et écriture de caractères. La partie soliste ne flotte pas simplement au-dessus de l’orchestre : elle réagit, commente, persuade et, parfois, provoque. Voilà pourquoi l’œuvre prospère aussi bien dans des contextes « symphoniques » que d’orchestre de chambre : elle peut se projeter comme une affirmation concertante publique, mais aussi se lire comme un mouvement de sérénade agrandi — piste que certains travaux ont suivie en rattachant les concertos pour violon aux mouvements centraux, de type concertant, des sérénades salzbourgeoises de Mozart [2].
Pour les interprètes, K. 219 demeure également une pierre de touche en matière de choix stylistiques. Les questions d’ornementation, de cadences, et même d’infimes détails de l’autographe (comme l’appoggiature discutée) ne sont pas des distractions académiques ; elles façonnent le profil expressif du concerto — depuis la manière dont le premier mouvement sonne, plus galant ou plus en quête, jusqu’à la façon dont l’irruption « turque » du finale est ressentie : comique, menaçante, ou simplement grisante [4]. En ce sens, la longévité du concerto ne tient pas seulement à son abondance mélodique, mais à son ouverture : il appelle la virtuosité, certes, mais aussi la réflexion interprétative — précisément la combinaison qui distingue les concertos salzbourgeois de Mozart à leur meilleur.
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Spartito
Scarica e stampa lo spartito di Concerto pour violon n° 5 en la majeur, « turc » (K. 219) da Virtual Sheet Music®.
[1] Internationale Stiftung Mozarteum (Köchel-Verzeichnis): K. 219 work entry with date (20 Dec 1775) and instrumentation.
[2] Library of Congress (Concerts from the Library of Congress): program essay including autograph provenance and contextual discussion of “alla turca” fashion.
[3] Adagio in E major for Violin and Orchestra, K. 261 (overview of replacement movement tradition connected to K. 219).
[4] Henle Blog: discussion of a notational/appoggiatura issue in the K. 219 autograph and implications for performance and Urtext editing.












