Quatuor à cordes n° 10 en ut majeur (K. 170)
di Wolfgang Amadeus Mozart

Le Quatuor à cordes n° 10 en ut majeur (K. 170) de Mozart appartient au groupe ramassé des six quatuors « viennois » K. 168–173, écrits à Vienne en août 1773, alors que le compositeur n’avait que dix-sept ans. Souvent éclipsé par les quatuors « Haydn » plus tardifs, le K. 170 montre pourtant un jeune Mozart en train d’éprouver jusqu’où une texture à quatre voix peut porter le drame, l’esprit contrapuntique et des ombres inattendues — sans jamais renoncer à la clarté de l’ut majeur.
Contexte et arrière-plan
Les six quatuors à cordes « viennois » de Mozart (K. 168–173) ont été composés lors de son séjour viennois de 1773, à une époque où il assimilait des modèles d’écriture du quatuor plus récents et plus ambitieux que la musique de chambre légère, de type divertimento, associée aux décennies précédentes. L’ensemble est régulièrement décrit comme un cycle viennois cohérent — six œuvres en quatre mouvements — écrites à très brève distance les unes des autres en août 1773. Cette fulgurance de composition compte : elle suggère non pas une expérimentation sporadique, mais une étude délibérée du genre, comme si Mozart « essayait » le quatuor à cordes en tant que forme sérieuse et autonome.[1][2]
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Placé troisième dans le cycle (F–A–C–E♭–B♭–ré mineur), le K. 170 occupe une position centrale et stabilisatrice dans le schéma tonal — l’ut majeur comme point de « repos » —, mais le profil expressif du quatuor n’a rien d’un simple tableau ensoleillé. L’un de ses gestes les plus caractéristiques est sa propension à laisser des colorations de mode mineur et une technique savante (contrapunto) s’immiscer dans un cadre d’ut majeur en apparence simple. Autrement dit, c’est une œuvre qui mérite l’attention précisément parce qu’elle montre Mozart en train d’apprendre à compliquer l’équilibre classique de l’intérieur.
Composition et dédicace
Le quatuor est catalogué comme Quartett in C pour deux violons, alto et violoncelle — la formation standard du quatuor à cordes.[1] Le commentaire éditorial de la Nouvelle Édition Mozart considère K. 168–173 comme une seconde « série » de quatuors de jeunesse et documente leur datation viennoise (« au mois d’août » 1773) dans l’histoire de la transmission de l’ensemble.[2]
Aucun dédicataire n’est solidement associé au K. 170 comme Mozart le fera plus tard en dédiant les six quatuors « Haydn » (K. 387–465) à Joseph Haydn ; les quatuors viennois de 1773 se présentent plutôt comme des pièces de portfolio de jeunesse — des œuvres probablement destinées à la pratique musicale privée et à la démonstration du savoir-faire compositionnel dans l’environnement plus cosmopolite de la capitale.[1]
Instrumentation
- Cordes : violon I, violon II, alto, violoncelle[1]
Forme et caractère musical
Le K. 170 est un quatuor classique en quatre mouvements, et les intitulés des mouvements donnés par les listes de référence usuelles sont :
I. Molto allegro
Le mouvement d’ouverture annonce les ambitions du quatuor : au lieu de traiter les parties intermédiaires comme un simple « remplissage » harmonique, Mozart invite à plusieurs reprises l’alto et le second violon à entrer dans l’argument, construisant une texture plus proche d’une véritable conversation à quatre voix que d’une mélodie accompagnée. On entend le jeune compositeur expérimenter, en format réduit, la discipline de la pensée en forme sonate (sonata-allegro : exposition, développement, réexposition) — un travail motivique resserré, un allant vif, et une préférence pour des profils thématiques nets, susceptibles d’être rapidement recombinés.
II. Andante
Le mouvement lent est l’une des pages les plus séduisantes du quatuor : un Andante lyrique qui montre Mozart déjà capable de suspendre le temps grâce à une mélodie ample et à un accompagnement d’une parfaite tenue. Dans le cycle de 1773, ces mouvements font souvent figure d’« oasis » de simplicité cantabile, mais dans le K. 170, le calme semble conquis — comme un soulagement après l’énergie athlétique du premier mouvement. L’intérêt expressif réside dans la manière dont Mozart nuance l’harmonie sous une surface apparemment unie, laissant de petits détours et des retards parler avec une inflexion vocale.
III. Menuetto et Trio
Le Menuetto est sensiblement plus massif qu’un menuet de salle de bal : ses accents et ses tournures harmoniques peuvent paraître presque sévères, tandis que le Trio bascule au mode mineur (ut mineur), assombrissement saisissant au sein d’un quatuor en ut majeur.[4] Ce Trio en mode mineur est l’une des raisons majeures pour lesquelles la pièce mérite l’attention. Il ne s’agit pas d’un simple « contraste », mais d’un aperçu du goût croissant de Mozart pour un clair-obscur expressif — un indice précoce de la manière dont les quatuors ultérieurs pourront passer d’une surface sociable à une intensité plus intime.
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IV. Rondeaux (final)
C’est dans le final que le K. 170 s’affirme le plus clairement comme davantage qu’un exercice d’étudiant. Conçu comme un Rondeaux, il associe l’appétit classique du retour (un refrain récurrent) à des épisodes énergiques, menés avec une argumentation serrée. Commentateurs et auditeurs distinguent souvent cette conclusion pour son éclat et son élan, comme si Mozart avait voulu clore délibérément l’œuvre par un trait de virtuosité dans le médium du quatuor.[5] À l’exécution, l’effet est celui d’un jeune compositeur découvrant qu’un quatuor à cordes peut se terminer non par une politesse de bon ton, mais par une course finale pleine d’assurance.
Réception et héritage
Les quatuors viennois n’ont pas acquis le statut canonique des six quatuors « Haydn » (K. 387–465), mais ils restent essentiels pour comprendre comment Mozart a appris la rhétorique de l’écriture du quatuor avant sa décennie viennoise de maturité. La préface de la Nouvelle Édition Mozart souligne que ces cycles précoces se sont rapidement inscrits dans une tradition de sources complexe — copies, autographes perdus et transmission par les premières éditions imprimées —, typique d’œuvres qui circulaient dans la pratique musicale bien avant la formation du canon au XIXe siècle.[2]
La valeur particulière du K. 170 tient à l’équilibre de trois éléments qui ne coexistent pas toujours dans la musique de chambre de jeunesse : (1) une maîtrise formelle nette, (2) un véritable sens de l’interaction à quatre voix, et (3) des moments d’ombre expressive — surtout dans le Trio en mode mineur du menuet — qui, brièvement, prennent le pas sur la luminosité « publique » de l’ut majeur. Entendu à côté de ses voisins dans le recueil de 1773, il fait figure de panneau central : un quatuor qui ne parle pas encore avec la profondeur du K. 421 ni l’audace du K. 465, mais qui montre déjà Mozart apprenant à faire penser le genre, et pas seulement à charmer.[1]
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[1] Wikipedia: overview of Mozart’s six “Viennese” quartets (K. 168–173), composed in Vienna in late 1773; identifies K. 170 as No. 10 in the set.
[2] New Mozart Edition (NMA), English preface PDF for the string quartets: discussion of the K. 168–173 series, Viennese dating, and transmission/source issues.
[3] Köchel-Verzeichnis (Mozarteum): work page network for early quartets, listing the movement headings (Molto Allegro, Andante, Menuetto, Rondeaux) as used in NMA links.
[4] Spanish Wikipedia entry for Mozart’s String Quartet No. 10, K. 170: notes the *Menuetto*’s Trio in C minor and provides movement outline.
[5] Fugue for Thought blog post discussing Mozart’s String Quartet No. 10 in C, K. 170, highlighting the finale’s particular brilliance and momentum (listener-facing commentary).











