Regina coeli en ut majeur, K. 108
ヴォルフガング・アマデウス・モーツァルト作

Le Regina coeli en ut majeur (K. 108) de Mozart, composé à Salzbourg en mai 1771 alors qu’il n’avait que quinze ans, est une antienne pascale concise qui mêle le pragmatisme liturgique salzbourgeois à un éclat irrésistiblement italianisant, d’une brillance presque concertante [1]. « Mineure » par ses dimensions, l’œuvre n’en est pas moins solidement transmise et richement orchestrée — avec trompettes et timbales —, offrant un instantané saisissant du style sacré du jeune compositeur à un moment décisif de sa formation [1].
Contexte et cadre
Au début des années 1770, Salzbourg demeure l’un des laboratoires les plus constants de Mozart : un milieu à la fois de cour et d’Église, qui exige une musique fonctionnelle pour le cycle liturgique tout en récompensant le compositeur capable d’écrire vite, avec efficacité, et avec un sens sûr des couleurs cérémonielles. L’antienne mariale Regina caeli (« Reine du Ciel ») appartient spécifiquement au temps pascal, remplaçant dans le calendrier catholique romain le texte plus pénitentiel de l’Angelus après Pâques. Mozart reviendra à plusieurs reprises à ce même texte, ce qui suffit à rendre K. 108 digne d’écoute comme jalon précoce d’une petite « mini-série » révélatrice au sein de sa production sacrée [4].
As an Amazon Associate we earn from qualifying purchases.
K. 108 rappelle aussi qu’à Salzbourg, le « petit format » ne signifiait pas forcément l’austérité. Même dans la catégorie des Kleinere Kirchenwerke (œuvres sacrées mineures), Mozart peut déployer des sonorités festives et une dramaturgie presque théâtrale — des qualités souvent associées à la musique d’église italienne et aux expériences récentes du jeune compositeur hors de Salzbourg [3].
Composition et fonction liturgique
L’œuvre est attribuée avec certitude à Mozart et nous est parvenue complète ; le catalogue Köchel la date de Salzbourg, mai 1771, et la classe parmi les œuvres d’église mineures [1]. Écrite pour soprano solo, chœur à quatre voix (SATB) et orchestre, elle convient idéalement aux effectifs disponibles dans les institutions de cour et de cathédrale à Salzbourg, où l’on prisait les formes ramassées et la clarté de la déclamation du texte [1].
Instrumentation (palette « festive » typiquement salzbourgeoise) :
- Voix : soprano solo ; chœur mixte (SATB) [1]
- Bois : 2 hautbois (certaines sources / certains matériels d’exécution circulent aussi avec des flûtes) [1]
- Cuivres : 2 cors, 2 trompettes [1]
- Percussion : timbales [1]
- Cordes : violons I & II, altos [1]
- Continuo : violoncelle/contrebasse avec orgue [1]
Sa fonction liturgique est simple : une mise en musique d’un texte saisonnier familier, conçue pour s’insérer efficacement dans les offices de la période pascale. Pourtant, l’approche de Mozart — mêlant éclat solistique et affirmation chorale — suggère non seulement l’utilité, mais la volonté d’animer le texte par les contrastes rhétoriques du style sacré concertant de son temps [3].
Structure musicale
L’un des traits les plus caractéristiques de K. 108 tient à sa conception en plusieurs sections : au lieu de présenter l’antienne comme un seul mouvement continu, Mozart l’organise en quatre mouvements, alternant la solidité du chœur et l’éclat du soliste [3]. La description de Bärenreiter rend bien le profil de l’œuvre : les mouvements extrêmes privilégient une écriture chorale largement homophonique, portée par une orchestration « riche », tandis que les mouvements centraux mettent en avant deux airs de soprano avec colorature, dont le premier comprend des codas chorales venant conclure les sections [3].
Cette disposition invite à une écoute plus proche d’une « mini-cantate » sacrée que d’une antienne strictement chorale. Le modèle est explicitement italianisant — Bärenreiter mentionne l’influence de la musique d’église napolitaine —, et le jeu entre solo et tutti peut s’entendre comme un équivalent sacré d’une pensée concertante : les épisodes solistes projettent un rayonnement individuel ; les retours du chœur réancrent la musique dans la proclamation collective [3]. L’instrumentation festive (trompettes et timbales en tête) encadre encore davantage la joie pascale dans les sonorités les plus publiques que Salzbourg puisse réunir [1].
Réception et postérité
K. 108 n’occupe pas le piédestal public des grandes œuvres sacrées ultérieures de Mozart ; sa valeur est pourtant double. D’abord, il s’agit d’un document solidement attesté du Mozart de quinze ans — déjà à l’aise dans l’écriture vocale et chorale avec une couleur orchestrale idiomatique, et déjà disposé à faire cohabiter le texte sacré avec l’éclat virtuose [1]. Ensuite, l’œuvre appartient à un petit ensemble de mises en musique du même texte chez Mozart, invitant à la comparaison au fil de son développement (les Regina coeli ultérieurs K. 127 et K. 276 proposent d’autres solutions à des problèmes liturgiques et musicaux similaires) [4].
As an Amazon Associate we earn from qualifying purchases.
Pour les interprètes et les auditeurs d’aujourd’hui, Regina coeli K. 108 mérite l’attention précisément parce qu’il se tient légèrement à l’écart des sentiers battus : concis, pratique et indéniablement soigné, il montre comment la musique sacrée salzbourgeoise pouvait concilier fonction ecclésiale et scintillement juvénile, à l’italienne. Bref, il n’est « mineur » que par la durée — certainement pas par le charme ni par l’intérêt historique.
[1] International Mozarteum Foundation (Köchel catalogue entry): dating (Salzburg, May 1771), authenticity status, and detailed scoring.
[2] IMSLP work page: general information, including commonly listed instrumentation and links to scores (including NMA scans).
[3] Bärenreiter product page (vocal score): concise description of four-movement structure, Neapolitan model, and solo/chorus design.
[4] Aimee Beckmann-Collier (DMA dissertation, University of Iowa): contextual discussion of Mozart’s three *Regina coeli* settings and Salzburg sacred tradition.








