K. 1,01

Menuet en sol majeur – K. 1,01

av Wolfgang Amadeus Mozart

Menuet en sol majeur – K. 1,01
Vue de Londres depuis New River Head, Islington, v. 1770. Eau-forte rehaussée à la main. © The Trustees of the British Museum. Partagé sous licence CC BY-NC-SA 4.0.

Un prodige prend la route : Londres, 1764

En avril 1764, la famille Mozart arrive Ă  Londres dans le cadre de sa grande tournĂ©e europĂ©enne. Wolfgang Amadeus Mozart, huit ans, avait dĂ©jĂ  Ă©bloui les publics du continent, et Londres – la plus grande capitale musicale de l’époque – constituait la prochaine Ă©tape pour son talent prodigieux. Les Mozart s’installĂšrent en pension Ă  Soho, et le jeune Wolfgang s’imprĂ©gna rapidement de l’effervescente scĂšne musicale de la ville. En quelques semaines, il se produisit devant le roi George III, rencontra des compositeurs influents comme Johann Christian Bach (le « Bach de Londres »), et composa mĂȘme sa premiĂšre symphonie Ă  Londres. Cette exposition cosmopolite façonna profondĂ©ment le style du jeune compositeur.

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De retour Ă  Salzbourg, Wolfgang avait commencĂ© Ă  composer tout petit, sous la houlette de son pĂšre LĂ©opold. Ses tout premiers petits morceaux furent consignĂ©s dans le cahier de musique de sa sƓur Nannerl en 1761, alors qu’il avait cinq ans. Mais ici, dans le Londres bouillonnant trois ans plus tard, la voix crĂ©ative de Wolfgang fit un bond en avant. Une piĂšce de cette pĂ©riode londonienne – un Menuet en sol majeur – se distingue comme une Ă©tape marquante. On la connaĂźt aujourd’hui sous le nom de Köchel 1,01 (anciennement K. 1e dans les anciens catalogages) et elle reprĂ©sente le premier mĂ»r menuet de Mozart, non pas composĂ© Ă  Salzbourg Ă  cinq ans, mais probablement Ă  Londres vers 1764.

Le mystÚre de la « premiÚre » piÚce de Mozart

Pendant des gĂ©nĂ©rations, ce charmant menuet en sol majeur et son trio en do majeur ont Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©s comme la toute premiĂšre composition de Mozart, censĂ©ment Ă©crite en 1761, alors qu’il avait cinq ans. La tradition de la musique classique situait souvent la scĂšne au foyer des Mozart Ă  Salzbourg – un minuscule Wolfgang façonnant une danse de cour Ă  la lueur des bougies sous l’Ɠil fier de LĂ©opold. Aujourd’hui encore, certaines sources populaires perpĂ©tuent ce rĂ©cit, datant le menuet de 1761–62 et s’émerveillant qu’il ait Ă©tĂ© créé par un enfant de cinq ans. Dans les anciennes Ă©ditions du catalogue Köchel, la piĂšce Ă©tait Ă©tiquetĂ©e « K. 1e » et regroupĂ©e avec les piĂšces salzbourgeoises de 1761, K. 1a–d, ce qui confortait la datation prĂ©coce.

La recherche moderne a toutefois mis au jour un rebondissement intrigant. Le menuet en sol n’a pas Ă©tĂ© Ă©crit en mĂȘme temps que ces quatre premiĂšres piĂšces – il est venu plus tard. Des spĂ©cialistes, en examinant le papier et la chronologie du Nannerl’s Notenbuch (le cahier contenant les premiĂšres Ɠuvres de Mozart), ont dĂ©terminĂ© que ce menuet en sol majeur et son trio (anciennement K. 1e et K. 1f) ont Ă©tĂ© ajoutĂ©s au cahier en 1764, pendant la tournĂ©e de la famille. Autrement dit, Mozart a composĂ© cette piĂšce Ă  huit ans, plus expĂ©rimentĂ©, et non pas tout petit. La derniĂšre rĂ©vision du catalogue Köchel l’entĂ©rine en le renumĂ©rotant K. 1,01 (pour reflĂ©ter sa place plus tardive dans la chronologie de Mozart).

Cette confusion de datation explique pourquoi le menuet paraĂźt un peu plus policĂ© que les autres « premiĂšres » compositions de Mozart. Elle montre aussi le suivi mĂ©ticuleux de LĂ©opold Mozart : il continua d’utiliser le cahier de Nannerl pour noter les Ɠuvres de Wolfgang mĂȘme des annĂ©es aprĂšs avoir quittĂ© Salzbourg. Le menuet en sol majeur s’est ainsi retrouvĂ© dans le mĂȘme petit livre que les exercices de 1761, ce qui a induit les premiers historiens en erreur. Aujourd’hui, nous savons mieux – mais l’idĂ©e d’un Mozart de cinq ans Ă©crivant un menuet parfait Ă©tait si enchanteresse qu’elle a perdurĂ© dans la lĂ©gende bien aprĂšs que les preuves eurent dit le contraire.

Un menuet né à Londres

Alors, quelle est la vĂ©ritable histoire du Menuet en sol majeur, K. 1,01, de Mozart ? ComposĂ© en 1764 (la date et le lieu prĂ©cis ne sont pas documentĂ©s, mais il s’agit probablement de Londres), le morceau saisit le jeune compositeur Ă  un moment charniĂšre. Wolfgang n’était plus le bĂ©bĂ© jouant des ritournelles enfantines ; il se produisait devant l’aristocratie, Ă©tudiait la musique la plus rĂ©cente et improvisait mĂȘme devant des scientifiques curieux de son don. Sous le mentorat de J. C. Bach et au contact du style galant londonien, l’écriture de Mozart avait fleuri. LĂ©opold maintenait les leçons quotidiennes de Wolfgang malgrĂ© la tournĂ©e, mais l’imagination du garçon avait dĂ©sormais un nouveau carburant : le son Ă©lĂ©gant et Ă©quilibrĂ© du Londres et du Paris contemporains.

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LĂ©opold Mozart continuait d’agir comme scribe de son fils lorsque nĂ©cessaire, mais Wolfgang savait dĂ©jĂ  Ă©crire la musique lui-mĂȘme. En fait, les pages conservĂ©es du cahier de Nannerl indiquent que ce menuet a Ă©tĂ© recopiĂ© de la main mĂȘme de Wolfgang – un exploit remarquable pour un enfant de huit ans. Nul doute que LĂ©opold se tenait non loin pour guider, mais la musique elle-mĂȘme rĂ©vĂšle une maĂźtrise assurĂ©e de la forme qui dĂ©passe la simple dictĂ©e paternelle. Ont disparu les fioritures baroques hĂ©sitantes et les arrĂȘts capricieux visibles dans les brouillons antĂ©rieurs de Mozart. À la place, le Menuet en sol rĂ©vĂšle un enfant compositeur qui assimile la simplicitĂ© raffinĂ©e du style galant entendu Ă  l’étranger.

Fait notable, ce menuet Ă©tait associĂ© Ă  un court Trio en do majeur (cataloguĂ© sous K. 1,02, anciennement K. 1f). Dans la maniĂšre classique, le trio offre un bref contraste dans une autre tonalitĂ© (do majeur, la sous-dominante de sol) avant le retour du menuet. LĂ©opold a probablement appris Ă  Wolfgang qu’un ensemble de menuet en bonne et due forme comporte une section centrale contrastante. En Ă©crivant Ă  la fois un menuet et un trio, le jeune Mozart façonnait de fait une piĂšce de danse complĂšte telle qu’on l’entendrait Ă  la cour. C’est un accomplissement miniature, mais une Ă©tape significative dans ses leçons de composition.

Au cƓur du menuet en sol majeur : une surprenante assurance

Musicalement, le Menuet en sol majeur est lumineux, Ă©quilibrĂ© et d’un maintien Ă©tonnant pour une chose imaginĂ©e par un enfant. Il est Ă©crit sur un tempo allegro en 3/4 – plus alerte qu’un menuet de cour solennel – ce qui lui confĂšre un allant joyeux. La structure est simple mais solide : le menuet proprement dit est en deux sections rĂ©pĂ©tĂ©es de 8 mesures, suivi du trio de 8 mesures (Ă©galement rĂ©pĂ©tĂ©), puis retour du menuet. Mozart avait manifestement compris le modĂšle du menuet avec trio et l’a exĂ©cutĂ© avec nettetĂ©.

L’un de ses traits les plus charmants est son unitĂ© motivique. Chaque phrase de deux mesures du menuet commence de la mĂȘme maniĂšre : par un saut descendant de quinte, suivi d’une rĂ©ponse sur quatre notes d’accord. Ce petit motif agit comme une signature musicale, constamment annoncĂ©e puis rĂ©pondue. Wolfgang s’astreint pour l’essentiel Ă  ce motif et « construit dans la contrainte » qu’il impose, en le rĂ©pĂ©tant et en le variant juste assez pour faire avancer le menuet. L’effet est celui de l’équilibre et de la clartĂ© – pas de dĂ©tours incongrus, mais une suite soignĂ©e de phrases qui s’enchaĂźnent naturellement. Chaque section se conclut par une cadence correcte en sol majeur, preuve qu’à huit ans Mozart savait commencer et conclure une pensĂ©e musicale dans la bonne tonalitĂ©.

Par contraste avec un menuet antĂ©rieur en fa majeur (K. 1d) que LĂ©opold nota en 1762, ce menuet en sol majeur paraĂźt moins baroque et plus moderne. La piĂšce plus ancienne (K. 1d) comportait davantage d’ornements Ă  l’ancienne et de phrases hachĂ©es, trahissant l’influence de LĂ©opold et les idĂ©es hĂ©sitantes d’un trĂšs jeune enfant. K. 1,01, en comparaison, s’en tient Ă  une texture mĂ©lodie-accompagnement d’une grande lĂ©gĂšretĂ© – tout Ă  fait dans le style galant du milieu du XVIIIe siĂšcle. On y trouve mĂȘme quelques accords brisĂ©s Ă  la maniĂšre de la basse d’Alberti, signe des tendances que Mozart avait captĂ©es dans les musiques nouvelles qu’il avait entendues. En somme, le menuet est techniquement simple (Ă©criture Ă  deux voix, ambitus modeste) mais stylistiquement Ă  jour pour 1764. Il sonne comme un air de danse de salon policĂ© de l’époque, non comme un morceau d’étude – et c’est en partie ce qui fait sa magie.

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Le Trio en do majeur qui l’accompagne est encore plus Ă©lĂ©mentaire mais remplit bien sa fonction. Le passage en do majeur offre un contraste ensoleillĂ© par rapport au menuet en sol. La mĂ©lodie du trio recourt elle aussi Ă  des unitĂ©s rĂ©pĂ©tĂ©es de deux mesures, ce qui maintient la cohĂ©sion thĂ©matique de l’ensemble. AprĂšs ses 8 mesures expĂ©ditives, la musique revient en sol majeur pour un dernier passage du menuet. Tout compte fait, le cycle menuet–trio–menuet dĂ©passe Ă  peine une minute Ă  l’exĂ©cution. Et pourtant, en une minute, on voit le jeune Mozart canaliser l’élĂ©gance d’une forme bien plus ĂągĂ©e que lui.

Un avant-goĂ»t de l’avenir

Rappelons que, lorsque Mozart Ă©crivit cette piĂšce, il Ă©tait dĂ©jĂ  un interprĂšte chevronnĂ© malgrĂ© son Ăąge – et cela s’entend. Les contemporains qui l’écoutĂšrent Ă  Londres en 1764 furent stupĂ©faits de la maniĂšre « aboutie » et peu enfantine de son jeu et de ses improvisations. Ce petit Menuet en sol en incarne la mĂȘme maturitĂ© prĂ©coce. Il n’y a rien de rĂ©volutionnaire (il emploie le langage conventionnel de son temps), mais le simple fait qu’un enfant ait pu intĂ©rioriser ce langage et produire une danse cohĂ©rente et agrĂ©able Ă  l’oreille est extraordinaire. À sa maniĂšre modeste, la piĂšce annonce le gĂ©nie de Mozart, ce sens de la clartĂ© et du charme qui s’épanouira plus tard dans ses grandes Ɠuvres.

Aujourd’hui, le Menuet en sol majeur K. 1,01 occupe une place particuliĂšre dans le corpus mozartien. Les Ă©tudiants en musique le rencontrent souvent comme un classique d’initiation – le morceau de Mozart parfait pour dĂ©butants, prĂ©cisĂ©ment parce qu’il a Ă©tĂ© créé par un dĂ©butant (certes exceptionnel). Quand vous entendez un jeune musicien plaquer les accords d’ouverture de ce menuet au piano, vous rejouez en quelque sorte l’histoire : Mozart lui-mĂȘme Ă©tait un petit garçon qui mettait Ă  l’épreuve les limites de la mĂ©lodie et de la forme.

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Sources :

Le Bach londonien retrouve enfin Londres | Musique classique | The Guardian

Nannerl Notenbuch - Wikipédia

Écoutez la toute premiĂšre piĂšce que Mozart ait jamais Ă©crite
 quand il avait CINQ ans - Classic FM

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