K. 240

Divertimento no 9 en si bémol majeur (K. 240)

by Wolfgang Amadeus Mozart

Miniature portrait of Mozart, 1773
Mozart aged 17, miniature c. 1773 (attr. Knoller)

Le Divertimento no 9 en si bĂ©mol majeur, K. 240 de Mozart est une Ɠuvre salzbourgeoise pour vents, brĂšve mais pleine de caractĂšre, achevĂ©e en janvier 1776, alors que le compositeur avait 20 ans. Écrite pour six instruments (deux hautbois, deux cors et deux bassons), elle montre Mozart traitant un genre de « musique de fond » de cour avec un sens aigu du dialogue, une verve rythmique et une solide maĂźtrise des proportions classiques.[1]

Origines et contexte

Pendant les annĂ©es salzbourgeoises de Mozart, les divertimenti et serenaden pour vents n’étaient pas d’abord des « Ɠuvres de concert » au sens moderne. Ils s’inscrivaient dans une tradition centre-europĂ©enne vivante de musique pour vents en plein air comme en intĂ©rieur, souvent liĂ©e aux dĂźners, aux divertissements du soir et aux cĂ©lĂ©brations de cour — une musique censĂ©e sĂ©duire, accompagner et donner de l’éclat, sans exiger une Ă©coute intensĂ©ment concentrĂ©e.[1] Pourtant, Mozart fait Ă  plusieurs reprises de ce genre d’occasion un laboratoire : que peut-on accomplir avec une poignĂ©e de timbres, des formes brĂšves et un public qui, peut-ĂȘtre, n’est pas assis dans un silence recueilli ?

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K. 240 se situe Ă  un moment particuliĂšrement intĂ©ressant de son dĂ©veloppement. En 1776, Mozart est profondĂ©ment insĂ©rĂ© dans l’économie musicale de Salzbourg : il Ă©crit abondamment dans tous les genres, tout en affinant ce style net, théùtral, qui animera plus tard ses chefs-d’Ɠuvre viennois. Le sextuor de vents (paires de hautbois, de cors et de bassons) est modeste comparĂ© aux Harmonie plus vastes des sĂ©rĂ©nades des annĂ©es 1780, mais il favorise dĂ©jĂ  un dialogue instrumental qui relĂšve davantage de la musique de chambre que d’un simple accompagnement fonctionnel.

Ce qui mĂ©rite de remettre K. 240 au premier plan, c’est l’équilibre entre pragmatisme et invention. En quatre mouvements concis, Mozart varie les textures et les fonctions : les bassons ne se contentent pas de renforcer la ligne de basse, les cors colorent l’harmonie et soulignent les cadences, et les hautbois portent des profils mĂ©lodiques Ă©conomes, mais bien caractĂ©risĂ©s. Il en rĂ©sulte un divertimento qui peut faire merveille comme musique de table conviviale — tout en rĂ©compensant une Ă©coute attentive.

Composition et création

Le Divertimento en si bĂ©mol majeur, K. 240 nous est transmis de façon sĂ»re comme une Ɠuvre authentique et complĂšte, avec une source autographe datĂ©e « nel Gianaro 1776 » (janvier 1776).[1] Le Köchel-Verzeichnis le situe Ă  Salzbourg et le date prĂ©cisĂ©ment de janvier 1776.[1] Les catalogues de rĂ©fĂ©rence modernes et les dĂ©pĂŽts de partitions associent Ă©galement la piĂšce Ă  janvier 1776.[2]

Comme pour beaucoup de divertimenti pour vents salzbourgeois, les circonstances de la premiĂšre exĂ©cution ne sont pas attestĂ©es de maniĂšre certaine dans les documents conservĂ©s ; l’Ɠuvre a probablement Ă©tĂ© Ă©crite pour les occasions de cour et les Ă©vĂ©nements civiques oĂč de tels ensembles prospĂ©raient. Elle n’a Ă©tĂ© publiĂ©e que plus tard (dĂ©but du XIXe siĂšcle), ce qui aide aussi Ă  expliquer pourquoi elle n’a jamais acquis la notoriĂ©tĂ© des sĂ©rĂ©nades pour vents viennoises plus tardives de Mozart.[2]

Instrumentation

Mozart écrit K. 240 pour un sextuor de vents typique de Salzbourg :[1]

  • Bois : 2 hautbois, 2 bassons
  • Cuivres : 2 cors

Cette combinaison est plus riche qu’il n’y paraĂźt. Les deux hautbois offrent brillance et nettetĂ© quasi vocale ; les bassons assurent Ă  la fois l’assise grave et une mobilitĂ© agile des voix intermĂ©diaires ; et les cors — s’appuyant sur la sĂ©rie harmonique naturelle — apportent une aurĂ©ole Ă©clatante aux cadences, renforcent les piliers tonique/dominante et Ă©paississent la sonoritĂ© dans les tutti. En interprĂ©tation, l’écriture fonctionne le mieux lorsqu’on la traite comme une vĂ©ritable musique de chambre : les Ă©quilibres doivent permettre aux contrechants des bassons et aux appels ponctuants des cors d’ĂȘtre perçus comme des Ă©vĂ©nements structurants, et non comme une simple couleur d’arriĂšre-plan.

Forme et caractĂšre musical

K. 240 comporte quatre mouvements, un plan qui conserve l’esprit de divertissement tout en restant proche d’une logique symphonique (rapide–lent–danse–rapide) :[2]

  • I. Allegro
  • II. Andante grazioso
  • III. Menuetto – Trio
  • IV. Allegro

I. Allegro

DĂšs l’ouverture, Mozart indique qu’il ne se contente pas d’une agrĂ©able facilitĂ©. Le matĂ©riau est lumineux, tournĂ© vers l’extĂ©rieur (le si bĂ©mol majeur convient particuliĂšrement bien Ă  la sonoritĂ© des vents en plein air), mais l’intĂ©rĂȘt tient Ă  la rapiditĂ© avec laquelle les thĂšmes circulent entre les instruments. Au lieu d’un simple schĂ©ma « mĂ©lodie et accompagnement », Mozart construit une texture de conversation : les hautbois peuvent mener, mais les bassons animent frĂ©quemment l’harmonie par un mouvement actif, tandis que les cors marquent les articulations de l’architecture musicale.

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II. Andante grazioso

La mention grazioso (« gracieux ») est rĂ©vĂ©latrice. Ce mouvement lent n’est ni tragique ni d’une intensitĂ© opĂ©ratique ; il cultive plutĂŽt l’aisance, la transparence et une forme d’intimitĂ© mondaine. Dans l’écriture pour vents, soutenir de longues lignes sans lourdeur constitue un dĂ©fi, auquel Mozart rĂ©pond par une orchestration lĂ©gĂšre, une symĂ©trie phrastique claire et de dĂ©licats dĂ©tours harmoniques qui relĂšvent davantage d’une parole Ă©lĂ©gante que d’une dĂ©clamation rhĂ©torique.

III. Menuetto – Trio

Le menuet ancre K. 240 dans l’univers social du divertimento. Pourtant, mĂȘme ici, Mozart Ă©vite l’uniformitĂ© : le menuet proprement dit avance d’un pas solide, public, tandis que le trio allĂšge gĂ©nĂ©ralement la texture et redistribue les rĂŽles, de sorte que l’oreille redĂ©couvre le mĂȘme groupe sous un autre angle. L’effet est celui d’un théùtre en miniature — une seule piĂšce, les mĂȘmes six musiciens, mais un changement d’« Ă©clairage » et de caractĂšre.

IV. Allegro

Le finale rĂ©tablit un Ă©lan extraverti. PlutĂŽt que de conclure par une simple explosion sonore, Mozart vise une articulation nette et un dessin cadentiel limpide — des qualitĂ©s qui permettent Ă  la musique de plein air ou de dĂźner de « porter » dans des espaces rĂ©els. Pour l’auditeur attentif, le plaisir de ce mouvement tient Ă  son Ă©conomie : de brefs motifs suffisent, pourvu qu’ils soient distribuĂ©s avec sens du timing, du contraste et de l’arrivĂ©e.

Réception et postérité

K. 240 demeure moins cĂ©lĂšbre que les sĂ©rĂ©nades pour vents plus tardives de Mozart — avant tout la Gran Partita, K. 361/370a, et les sĂ©rĂ©nades viennoises K. 375 et K. 388/384a — en partie parce que l’Ɠuvre est de dimensions plus modestes et plus Ă©troitement liĂ©e Ă  la pratique musicale fonctionnelle de Salzbourg. Mais cette modestie mĂȘme fait sa valeur historique. Elle montre Mozart, Ă  20 ans, maĂźtrisant un genre de cour pratique avec la mĂȘme intelligence d’écriture qu’il dĂ©ployait dans des formes rĂ©putĂ©es « plus nobles ».

Pour les interprĂštes et les auditeurs d’aujourd’hui, ce divertimento offre aussi un pont convaincant entre divertissement d’arriĂšre-plan et rĂ©pertoire de concert. JouĂ© avec une articulation vive et une vĂ©ritable interaction chambriste, K. 240 rĂ©vĂšle un don typiquement mozartien : celui de faire sentir, dans une musique sociale, un drame sans paroles — une musique capable d’habiter poliment la pĂ©riphĂ©rie d’une occasion, tout en passant au premier plan dĂšs l’instant oĂč l’on dĂ©cide d’écouter de prĂšs.[1][2]

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[1] International Mozarteum Foundation (Köchel-Verzeichnis): work entry for KV 240 (dating, authenticity, Salzburg context, instrumentation, sources including autograph).

[2] IMSLP: Divertimento in B-flat major, K. 240 — general information (movements, key, instrumentation, composition date; publication notes).