K. 298

Quatuor pour flûte n° 4 en la majeur (K. 298)

di Wolfgang Amadeus Mozart

Unfinished portrait of Mozart by Lange, 1782-83
Mozart, unfinished portrait by Joseph Lange, c. 1782–83

Le Quatuor pour flĂ»te en la majeur, K. 298 (1786–87) de Mozart est la derniĂšre Ɠuvre du compositeur pour la formation singuliĂšre flĂ»te, violon, alto et violoncelle — un ensemble Ă  mi-chemin entre la sonate avec soliste et le quatuor Ă  cordes de conversation. Écrit Ă  Vienne, au sommet de sa maturitĂ©, il allie une interaction chambriste d’une grande finesse Ă  un esprit indĂ©niable, surtout dans son finale en rondo fameusement « comme ci comme ça ».

Origines et contexte

Les quatre quatuors pour flĂ»te de Mozart occupent une place Ă  part dans sa production de musique de chambre : ce ne sont pas, au sens classique tardif, des « quatuors Ă  cordes avec partie obligĂ©e », mais plutĂŽt un hybride souple oĂč la flĂ»te alterne entre l’éclat soliste et un partenariat d’égal Ă  Ă©gal avec les cordes. Le Quatuor pour flĂ»te en la majeur, K. 298 vient clore la sĂ©rie, composĂ© Ă  Vienne en 1786–87, bien aprĂšs les premiers quatuors liĂ©s Ă  la commande De Jean de 1777–78 et au monde flĂ»tistique Mannheim/Paris qui avait d’abord suscitĂ© chez Mozart des sentiments mitigĂ©s envers l’instrument.[1][2]

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Cette datation tardive Ă©claire le charme particulier de l’Ɠuvre. Au lieu de chercher l’effet de virtuositĂ©, Mozart Ă©crit une musique qui semble naturellement Ă  sa place dans la pratique musicale domestique viennoise : dimensions intimes, changements rapides de caractĂšre, et plaisir Ă  transformer des types mĂ©lodiques familiers en conversation de chambre raffinĂ©e. Le quatuor s’inscrit aussi dans la prĂ©occupation plus large de Mozart, dans les annĂ©es 1780, pour les textures chambristes mixtes — ces Ɠuvres qui explorent la maniĂšre dont un instrument Ă  vent modifie la rhĂ©torique de l’ensemble Ă  cordes (on pense, par exemple, au Quatuor pour hautbois en fa, K. 370, dans la mĂȘme catĂ©gorie du « quatuor avec vent »).[1]

Composition et dédicace

Le catalogue Köchel de la Fondation Internationale Mozarteum indique le quatuor comme une Ɠuvre authentifiĂ©e et complĂšte (Transmission: extant), composĂ©e Ă  Vienne en 1786–87.[1] Des traditions plus anciennes ont parfois associĂ© K. 298 Ă  une date « 1778 », mais l’édition critique moderne considĂšre qu’il s’agit d’une mention trompeuse plutĂŽt que du vĂ©ritable moment de composition.[3][4]

Instrumentation (selon la tradition manuscrite et l’usage courant en concert) :[1][3]

  • Vents : flĂ»te
  • Cordes : violon, alto, violoncelle

Aucune dĂ©dicace n’est fermement Ă©tablie dans la notice principale du catalogue, et l’on comprend gĂ©nĂ©ralement la piĂšce comme destinĂ©e Ă  des amateurs cultivĂ©s et Ă  des amis plutĂŽt qu’à une commande publique.[2] En ce sens, elle illustre un idĂ©al viennois : une musique de chambre sophistiquĂ©e dans le dĂ©tail, mais dimensionnĂ©e pour un salon.

Forme et caractĂšre musical

Le quatuor compte trois mouvements (environ 10 Ă  12 minutes Ă  l’exĂ©cution) et s’affirme avec Ă©conomie plutĂŽt qu’avec une ampleur symphonique.[2]

Mouvements :[2]

  • I. Andante — thĂšme et variations
  • II. Menuetto (rĂ© majeur)
  • III. Rondeau: Allegretto grazioso (avec une indication de tempo d’une ampleur inhabituelle et teintĂ©e d’humour)

I. Andante — Thùme et variations

DĂšs l’ouverture, sur un Andante d’un bel aplomb, Mozart choisit la forme Ă  variations plutĂŽt que l’entrĂ©e en matiĂšre plus attendue en forme sonate-allegro. Ce choix annonce d’emblĂ©e une rhĂ©torique sociable, de type salon : au lieu d’un affrontement tonal dramatique, le mouvement devient une suite de points de vue changeants sur une mĂȘme idĂ©e musicale. ParticuliĂšrement sĂ©duisante est la façon dont Mozart rĂ©partit l’intĂ©rĂȘt entre les instruments : chacun obtient ses moments de premier plan, si bien que la ligne chantante de la flĂ»te est sans cesse requalifiĂ©e par la couleur et le registre des cordes.[5]

Pour l’auditeur, le gain se mesure Ă  la sensation que le timbre devient lui-mĂȘme un principe structurant. La variation n’est pas ici une simple parure ; elle offre une maniĂšre Ă©lĂ©gante d’examiner le comportement d’une mĂ©lodie lorsqu’elle passe de la flĂ»te aux cordes puis revient — dĂ©marche qui anticipe l’idĂ©al chambriste plus mĂ»r de « quatre voix intelligentes », mais dans un idiome mĂȘlant vents et cordes.

II. Menuetto

Le Menuetto (avec son trio contrastant) conserve une Ă©lĂ©gance de surface, tout en Ă©tant plus qu’un intermĂšde mondain. En rĂ© majeur, il Ă©claire la palette sonore et donne Ă  la flĂ»te l’occasion de se fondre plutĂŽt que de dominer, rejoignant souvent le violon dans des figures lĂ©gĂšres, comme une conversation.[2] En concert, ce mouvement central peut apparaĂźtre comme la charniĂšre du quatuor : l’instant oĂč le jeu de variations policĂ© du dĂ©but bascule vers l’humour plus théùtral du finale.

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III. Rondeau: Allegretto grazioso — la plaisanterie « comme ci comme ça » de Mozart

Le finale est la carte de visite du quatuor. Mozart l’affuble d’une consigne fameusement tatillonne et comique — en substance, il avertit les interprĂštes de ne jouer ni trop vite ni trop lentement, mais « comme ci comme ça », et d’exĂ©cuter avec garbo (Ă©lĂ©gance) et expression.[2] Mais cette plaisanterie n’est pas un simple gag plaquĂ© de l’extĂ©rieur : elle renvoie au caractĂšre mĂȘme du mouvement, qui repose sur le timing — l’art subtil de paraĂźtre nonchalant tout en restant d’une exactitude rythmique implacable.

Musicalement, le thĂšme du rondo a un balancement d’allure opĂ©ratique, et Mozart le traite comme une petite scĂšne. Les retours du refrain ressemblent Ă  l’entrĂ©e d’un personnage familier depuis les coulisses ; les Ă©pisodes opĂšrent des changements rapides de texture, de registre et de rĂŽle instrumental. Les cordes ne se rĂ©duisent pas Ă  un accompagnement : l’esprit de la ligne de basse du violoncelle et les commentaires de la voix intĂ©rieure de l’alto contribuent Ă  l’impression d’une comĂ©die de chambre consciente d’elle-mĂȘme.

Réception et postérité

MĂȘme si K. 298 n’occupe pas le mĂȘme piĂ©destal public que les derniers quatuors Ă  cordes ou les concertos pour piano de Mozart, l’Ɠuvre est restĂ©e solidement ancrĂ©e au rĂ©pertoire flĂ»te-et-cordes et circule largement dans des Ă©ditions et parties modernes.[3] Son attrait tient Ă  tout ce que Mozart accomplit avec des moyens limitĂ©s : une piĂšce compacte qui sonne pourtant de façon indĂ©niablement « Mozart viennois », par son Ă©quilibre de fini, de chaleur et de malice.

Pour les interprĂštes, le quatuor rappelle que la musique de chambre de Mozart se rĂ©duit rarement Ă  un seul protagoniste. La flĂ»te a beau possĂ©der le timbre le plus lumineux, le plaisir naĂźt de l’intelligence collective — se transmettre les motifs, nuancer les accompagnements, calibrer l’articulation pour que l’humour relĂšve du style plutĂŽt que de l’emphase. Pour l’auditeur, K. 298 mĂ©rite l’attention comme un essai tardif et urbain sur l’instrumentation mixte : une musique qui sourit, qui converse et — pour finir — dĂ©livre sa chute avec des maniĂšres parfaites.

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[1] International Mozarteum Foundation (Köchel Catalogue): KV 298 work entry (genre classification, authenticity, Vienna dating)

[2] Wikipedia: Flute Quartet No. 4 in A major, K. 298 (movements, finale tempo inscription, general overview)

[3] IMSLP: Flute Quartet in A major, K. 298 (instrumentation; notes on misdating and sources; editions/parts)

[4] Neue Mozart-Ausgabe (NMA) online, English preface PDF: *Quartets with one Wind Instrument* (context for autograph source and editorial dating)

[5] Jonathan Blumhofer: program note on Mozart’s *Flute Quartet in A major, K. 298* (variation movement spotlighting of instruments)