La « Symphonie n° 37 » en sol majeur de Mozart â lâintroduction K. Anh.A 53 Ă la Symphonie n° 25 de Michael Haydn
di Wolfgang Amadeus Mozart

La prĂ©tendue Symphonie n° 37 en sol majeur de Mozart (K. Anh.A 53) nâest, aux yeux de la recherche moderne, nullement une symphonie « perdue », mais un hybride fascinant : une brĂšve introduction lente de Mozart (Ă©crite en 1783) placĂ©e en tĂȘte dâune symphonie complĂšte de Michael Haydn (MH 334/Perger 16). Entendue dans son intĂ©gralitĂ©, elle offre un rare aperçu de la maniĂšre dont la musique circulait Ă la fin du XVIIIe siĂšcle : copiĂ©e, rĂ©employĂ©e etâparfoisâattribuĂ©e Ă tort.
Origines et contexte
LâĆuvre longtemps imprimĂ©e et jouĂ©e comme la Symphonie n° 37 en sol majeur de Mozart rappelle que le rĂ©pertoire de lâĂ©poque classique ne sâest pas toujours transmis dans les conditions nettes et ordonnĂ©es quâimaginent les auditeurs dâaujourdâhui. AprĂšs la mort de Mozart, une partition symphonique retrouvĂ©e parmi ses papiers fut cataloguĂ©e comme Ă©tant de sa main (elle entra dans le catalogue Köchel et reçut le numĂ©ro « 37 » dans les anciennes listes des symphonies de Mozart) ; toutefois, des recherches ultĂ©rieures ont montrĂ© que les trois mouvements principaux sont en rĂ©alitĂ© la Symphonie n° 25 en sol majeur de Michael Haydn (MH 334/Perger 16), achevĂ©e en 1783. La contribution authentique de Mozart se limite Ă une brĂšve introduction lente et solennelleâun Adagio maestosoâcomposĂ©e pour prĂ©cĂ©der lâAllegro initial de Haydn.[1])[2])
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Si cet assemblage mĂ©rite encore lâattention, ce nâest pas seulement comme curiositĂ© bibliographique. Il met en lumiĂšre lâestime de Mozart pour Michael Haydn (le frĂšre cadet de Joseph Haydn et lâun des principaux compositeurs de Salzbourg) et illustre une facette pratique, pensĂ©e pour lâexĂ©cution, de la vie musicale de Mozart durant ses premiĂšres annĂ©es viennoises : choisir des Ćuvres orchestrales existantes, prĂ©parer des parties et façonner un programme en y ajoutant un mouvement qui encadre lâensemble. Il en rĂ©sulte une piĂšce de « seuil » saisissanteâune vingtaine de mesures de rhĂ©torique cĂ©rĂ©monielle mozartienne qui modifie la maniĂšre dont lâauditeur entre dans la symphonie de Haydn.[3]
Composition et création
Mozart Ă©crivit lâintroduction Adagio maestoso Ă Vienne en 1783 (il avait 27 ans). Dans le catalogue Köchel, elle est dĂ©sormais classĂ©e parmi les Ćuvres douteuses/apocryphes sous le numĂ©ro K. Anh.A 53, prĂ©cisĂ©ment parce quâil ne sâagit pas dâune symphonie indĂ©pendante de Mozart en quatre mouvements, mais dâun ajout Ă une Ćuvre dâun autre compositeur.[4]
Les mouvements restants appartiennent Ă la symphonie en sol majeur de Michael Haydn (MH 334), datĂ©e du 23 mai 1783.[2]) Dans les anciens catalogues et Ă©ditions mozartiens, lâĆuvre composite apparaĂźt sous la numĂ©rotation des symphonies de Mozart (dâoĂč le « n° 37 »), attribution infirmĂ©e par lâĂ©tude ultĂ©rieure des sources (souvent associĂ©e au catalogueur de Michael Haydn, Lothar Perger, qui clarifia lâauteur au dĂ©but du XXe siĂšcle).[1])
ConcrĂštement, les interprĂštes dâaujourdâhui rencontrent gĂ©nĂ©ralement cette musique de deux façons : soit sous la forme de la symphonie de Michael Haydn seule, soit comme la symphonie de Haydn prĂ©cĂ©dĂ©e de lâintroduction de Mozart (la configuration historiquement influente dite « n° 37 »). Lâhistorique des publications sur IMSLP documente utilement la durĂ©e pendant laquelle la version combinĂ©e a circulĂ© sous le nom de Mozart.[5])
Instrumentation
Comme la contribution de Mozart est une introduction destinĂ©e Ă sâenchaĂźner avec le premier mouvement de Haydn, elle recourt au mĂȘme orchestre classique que la symphonie sous-jacente.
- Bois : 2 hautbois
- Cuivres : 2 cors
- Cordes : violons I et II, alto, violoncelle, contrebasse
Cette orchestration « légÚre » est caractéristique de nombreuses symphonies de Salzbourg et de Vienne du début des années 1780 : souple pour les ensembles de cour comme pour ceux de la cité, brillante en plein air ou dans les contextes cérémoniels (cors), et suffisamment claire pour une écriture de cordes détaillée sans les sonorités plus lourdes des trompettes et des timbales.[1])
Forme et caractĂšre musical
Entendue selon lâusage traditionnel (Mozart + Haydn), lâĆuvre se compose de quatre mouvementsâbien que seul le premier, prĂ©lude lent, soit de Mozart.
- I. Adagio maestoso (introduction de Mozart, K. Anh.A 53)
- II. Allegro con spirito (Michael Haydn)
- III. Andante (Michael Haydn)
- IV. Finale: Presto (Michael Haydn)[1])[2])
I. Adagio maestoso â le cadre de Mozart
Lâintroduction de Mozart est brĂšve (environ 20 mesures dans les descriptions modernes) mais dâun ton trĂšs « public » : harmonies en accords pleins, rythmes pointĂ©s, et une progression rhĂ©torique qui signale lâentrĂ©e dans une argumentation orchestrale substantielle plutĂŽt que le lever de rideau plus immĂ©diat typique de nombreuses ouvertures symphoniques du milieu du siĂšcle.[3]
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Ce qui la rend singuliĂšre tient Ă sa dramaturgie. Mozart ne se contente pas de proposer un tempo lent neutre ; il instaure une atmosphĂšre dâattenteâun seuil Ă la maniĂšre dâune ouvertureâde sorte que lâAllegro con spirito de Haydn surgit comme une dĂ©tente aprĂšs lâaccumulation de tension. MĂȘme pour les auditeurs qui connaissent lâattribution, lâoreille perçoit un lĂ©ger dĂ©placement dâaccent : lâintroduction lente de Mozart suggĂšre la grandeur du concert viennois, tandis que le mouvement suivant de Haydn sâexprime dans un idiome plus directement « symphonique » de Salzbourg.
IIâIV. La symphonie de Michael Haydn (avec la porte dâentrĂ©e de Mozart)
LâAllegro con spirito de Michael Haydn constitue le vĂ©ritable premier mouvement : Ă©nergique, classiquement Ă©quilibrĂ©, et portĂ© par une Ă©conomie thĂ©matique adaptĂ©e Ă un orchestre modeste. LâAndante apporte un contraste par son lyrisme et une Ă©criture de cordes transparente, tandis que le finale Presto offre une brillante concision plutĂŽt quâun dĂ©veloppement Ă©tenduâune conclusion qui fonctionne particuliĂšrement bien aprĂšs le geste dâouverture, lourd de gravitĂ©, de Mozart.[2])
En somme, la piĂšce combinĂ©e peut sâapprĂ©cier Ă deux niveaux Ă la fois : comme une belle symphonie de Michael Haydn (encore trop rarement jouĂ©e par rapport au canon viennois dominant), et comme une mini-Ă©tude de cas sur la capacitĂ© de Mozart Ă caractĂ©riser une Ćuvre en quelques mesuresâun art quâil pratiquait aussi dans les introductions dâopĂ©ra et dans les introductions lentes dâĆuvres de concert ultĂ©rieures.
Réception et postérité
Lâhistoire de la « Symphonie n° 37 » relĂšve, en quelque sorte, dâune histoire de la rĂ©ception en miniature. Pendant des dĂ©cennies, la prĂ©sence de cette symphonie parmi les papiers de Mozart a favorisĂ© lâhypothĂšse dâune paternitĂ© mozartienne ; Ă©ditions et enregistrements ont renforcĂ© cette croyance, et le numĂ©ro « 37 » sâest fixĂ© dans les programmes de concert.[1])
Le catalogage moderne rĂ©tablit les faits en identifiant la vĂ©ritable contribution de Mozart comme lâintroduction Adagio maestoso et en attribuant le reste sans Ă©quivoque Ă Michael Haydn.[4] Pourtant, la vie continue de lâĆuvreâsouvent encore jouĂ©e avec lâintroduction de MozartâsuggĂšre que cet hybride possĂšde sa propre logique esthĂ©tique. Lâouverture ajoutĂ©e par Mozart nâest pas un simple appendice : elle modifie la premiĂšre impression, apportant une touche de gravitĂ© cĂ©rĂ©monielle et un sentiment dâĂ©vĂ©nement que les auditeurs acceptent volontiers comme une entrĂ©e en matiĂšre pleinement satisfaisante.
Dans lâĆuvre de Mozart, K. Anh.A 53 occupe un recoin singulier mais rĂ©vĂ©lateur : ce nâest ni une symphonie de jeunesse ni un chef-dâĆuvre viennois de maturitĂ©, mais un aperçu de Mozart Ă©diteur, arrangeur et musicien de concert pragmatiqueâcapable dâhonorer la musique dâun autre compositeur tout en en reconfigurant subtilement la rhĂ©torique. Pour Michael Haydn, lâĂ©pisode tient du compliment Ă rebours : sa symphonie Ă©tait assez bonne pour voyager sous le nom de Mozart, et assez solide pour tenir la scĂšne mĂȘme une fois lâattribution rĂ©tablie.
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[1] Wikipedia â overview of the misattributed 'Mozart' Symphony No. 37 in G major and the modern attribution to Michael Haydn with Mozartâs introduction
[2] Wikipedia â Michael Haydn: Symphony No. 25 in G major (MH 334/Perger 16), including date and relationship to Mozartâs introduction
[3] Digital Mozart Edition (Mozarteum) â Neue Mozart-Ausgabe, Series X Supplement, preface PDF containing editorial notes on KV6 Anh.A 53 and the short introduction
[4] Köchel-Verzeichnis (Mozarteum Salzburg) â catalogue entry for the Michael Haydn symphony in G (MH 334) linked with Mozartâs K. Anh.A 53 context
[5] IMSLP â Michael Haydn Symphony No. 25 (MH 334): publication notes and long history of circulation as a Mozart symphony with Mozartâs introduction












