Sonate pour violon n° 27 en sol majeur (K. 379/373a)
by Wolfgang Amadeus Mozart

La Sonate pour violon n° 27 en sol majeur (K. 379/373a) de Mozart a Ă©tĂ© composĂ©e Ă Vienne en 1781, au moment oĂč le compositeur de 25 ans sâengageait tout juste dans une carriĂšre de musicien indĂ©pendant. RĂ©duite Ă deux mouvements seulement â un AdagioâAllegro intense, suivi dâun vaste thĂšme avec variations â lâĆuvre est une page concise mais dâun dramatisme remarquable dans le duo viennois « clavier-et-violon » de la maturitĂ©.
Origines et contexte
En mars 1781, Wolfgang Amadeus Mozart (1756â1791) arrive Ă Vienne dans la suite salzbourgeoise de lâarchevĂȘque Colloredo â une situation qui devient vite insupportable, mais qui le place aussi au cĆur du marchĂ© musical le plus compĂ©titif dâEurope.[1] Dans cette pĂ©riode de transition, Mozart a besoin de « cartes de visite » : des Ćuvres susceptibles dâĂȘtre vendues Ă des Ă©diteurs, jouĂ©es dans les salons aristocratiques et servant Ă faire valoir ses qualitĂ©s de claviĂ©riste.
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La sonate pour violon et clavier se prĂȘte idĂ©alement Ă cet usage. Chez Mozart, il sâagit rarement dâune « sonate pour violon » au sens romantique ultĂ©rieur ; elle relĂšve plutĂŽt du genre de la fin du XVIIIe siĂšcle souvent diffusĂ© comme une sonate pour clavier avec accompagnement de violon â mais avec un partenariat de plus en plus dialoguĂ©, dâesprit chambriste.[2] K. 379 se distingue, au sein du groupe viennois de 1781, par le sĂ©rieux de son premier mouvement et par lâampleur inhabituelle de son second : une sĂ©rie complĂšte de variations plutĂŽt quâun finale rapide traditionnel.[3]
Composition et dédicace
K. 379 a Ă©tĂ© composĂ© Ă Vienne en 1781 et appartient au groupe de six sonates quâArtaria publia comme lâOp. 2 de Mozart (K. 296 et K. 376â380).[4] Les lettres de Mozart et les recherches Ă©ditoriales ultĂ©rieures rattachent lâĆuvre Ă une circonstance prĂ©cise, et assez pressante : une soirĂ©e musicale le 8 avril 1781 Ă la maison de lâOrdre Teutonique, oĂč Mozart joua avec le violoniste de la cour de Salzbourg Antonio Brunetti.[1] Mozart rapporte fameusement Ă son pĂšre quâil avait composĂ© la sonate la veille au soir « entre onze et douze », ne couchant sur le papier que la partie de violon de Brunetti, tout en gardant en mĂ©moire sa propre partie de clavier pour lâexĂ©cution.[1]
Plus largement, le contexte de publication compte autant que lâanecdote. Artaria annonça lâensemble de lâOp. 2 Ă Vienne le 8 dĂ©cembre 1781, et les commentaires contemporains reconnaissaient dĂ©jĂ quâil ne sâagissait pas simplement de sonates pour clavier avec violon ad libitum, mais dâĆuvres oĂč les deux interprĂštes prennent une part substantielle.[4]
Instrumentation
- Clavier : pianoforte (ou piano moderne)
- Cordes : violon
Forme et caractĂšre musical
La Sonate en sol majeur, K. 379/373a de Mozart se déploie en deux grands volets, chacun doté de son propre « monde » expressif.[3]
I. Adagio (sol majeur) â Allegro (sol mineur)
LâAdagio initial indique dâemblĂ©e quâil ne sâagit pas dâune musique domestique lĂ©gĂšre. LâĂ©criture est rhĂ©torique et ample ; le violon entre comme partenaire chantant plutĂŽt que comme ornement ; lâharmonie sâattarde et interroge, comme si la piĂšce commençait au milieu dâune pensĂ©e. Lorsque survient lâAllegro, le passage au sol mineur aiguise le profil affectif : le mouvement se tend, devient plus disputĂ©, avec des Ă©changes rapides et une dĂ©marche rythmique plus pressante.
Lâauditeur habituĂ© aux sonates pour violon en trois mouvements de Mozart pourra ĂȘtre surpris par lâĂ©chelle et le poids concentrĂ©s dans ce seul mouvement : lâintroduction lente et le mouvement rapide se fondent en un drame Ă lâambition presque symphonique, tout en restant intime â deux interprĂštes en dialogue serrĂ©.
II. ThĂšme : Andantino cantabile (sol majeur), avec variations
Au lieu dâun finale, Mozart propose un thĂšme avec variations â un terrain oĂč il peut dĂ©ployer invention, contrastes de registre et esprit de texture, sans sâĂ©loigner longtemps de lâorbite gracieuse du sol majeur.[3] ParticuliĂšrement frappante, la Variation 1 est Ă©crite pour le clavier seul, rappel que, dans ce rĂ©pertoire, Mozart place encore souvent le clavier au centre de gravitĂ© tout en accordant au violon une vĂ©ritable indĂ©pendance.[3] Plus loin, une variation en mode mineur, au coloris plus sombre, Ă©largit la palette expressive, et la conclusion revient au thĂšme avec un sentiment dâachĂšvement parfaitement arrondi.
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Ă petite Ă©chelle, ce mouvement de variations rĂ©sume ce qui rend K. 379 singuliĂšre : Mozart traite un genre de « salon » avec un sĂ©rieux dâartisan â crĂ©ant non une simple variation dĂ©corative, mais une suite de piĂšces de caractĂšre alternant intimitĂ©, brillance et ombre.
Réception et postérité
K. 379 paraĂźt au grand jour non comme un chef-dâĆuvre isolĂ©, mais au sein dâun recueil publiĂ© de maniĂšre stratĂ©gique. Les sonates de lâOp. 2 dâArtaria circulent rapidement au-delĂ de Vienne ; au printemps 1782, elles font lâobjet de comptes rendus et se vendent jusquâĂ la rĂ©gion de Hambourg/Altona, oĂč les critiques soulignent la nouveautĂ© du partenariat en duo.[4] Des sources ultĂ©rieures montrent que les sonates de lâOp. 2 furent rĂ©imprimĂ©es Ă plusieurs reprises et restĂšrent largement disponibles sous forme imprimĂ©e du vivant de Mozart.[5]
Pourquoi K. 379 mĂ©rite-t-elle aujourdâhui une attention particuliĂšre ? PrĂ©cisĂ©ment parce quâelle condense, dans une forme solidement argumentĂ©e, deux Ă©lans apparemment opposĂ©s â la virtuositĂ© publique et lâexpressivitĂ© privĂ©e. Elle appartient Ă la production de musique de chambre de la « maturitĂ© viennoise » de Mozart en ce sens quâelle vise dĂ©jĂ lâĂ©conomie mixte de Vienne, entre concerts publics, musique aristocratique et publication commerciale ; mais son climat Ă©motionnel est dâune variabilitĂ© inhabituelle et, par moments, en quĂȘte.[1] Pour les interprĂštes, elle propose un dĂ©fi particuliĂšrement gratifiant : Ă©quilibrer lâautoritĂ© structurelle du clavier et lâurgence lyrique du violon, et faire en sorte que la sĂ©rie de variations sâentende comme un rĂ©cit continu plutĂŽt que comme une suite dâornements.
[1] Neue Mozart-Ausgabe (Digital Mozart Edition), foreword and editorial commentary for Sonatas and Variations for Keyboard & Violin (includes Brunetti/8 April 1781 context and quoted letter passage).
[2] Mozarteum Köchel-Verzeichnis entry discussing the keyboard-centered nature of Mozartâs violin sonatas and related violin-and-keyboard variations.
[3] Work overview and movement/variation layout for *Violin Sonata No. 27 in G major, K. 379/373a*.
[4] MozartDocuments.org commentary on Artariaâs Op. 2 publication (advertisement date 8 Dec 1781; early reception; framing of violin/keyboard partnership).
[5] MozartDocuments.org commentary noting Op. 2 (K. 296 and K. 376â380) as widely available and reprinted by 1789.








