Quatuor pour flûte n° 4 en la majeur (K. 298)
de Wolfgang Amadeus Mozart

Le Quatuor pour flûte en la majeur, K. 298 (1786–87) de Mozart est la dernière œuvre du compositeur pour la formation singulière flûte, violon, alto et violoncelle — un ensemble à mi-chemin entre la sonate avec soliste et le quatuor à cordes de conversation. Écrit à Vienne, au sommet de sa maturité, il allie une interaction chambriste d’une grande finesse à un esprit indéniable, surtout dans son finale en rondo fameusement « comme ci comme ça ».
Origines et contexte
Les quatre quatuors pour flûte de Mozart occupent une place à part dans sa production de musique de chambre : ce ne sont pas, au sens classique tardif, des « quatuors à cordes avec partie obligée », mais plutôt un hybride souple où la flûte alterne entre l’éclat soliste et un partenariat d’égal à égal avec les cordes. Le Quatuor pour flûte en la majeur, K. 298 vient clore la série, composé à Vienne en 1786–87, bien après les premiers quatuors liés à la commande De Jean de 1777–78 et au monde flûtistique Mannheim/Paris qui avait d’abord suscité chez Mozart des sentiments mitigés envers l’instrument.[1][2]
As an Amazon Associate we earn from qualifying purchases.
Cette datation tardive éclaire le charme particulier de l’œuvre. Au lieu de chercher l’effet de virtuosité, Mozart écrit une musique qui semble naturellement à sa place dans la pratique musicale domestique viennoise : dimensions intimes, changements rapides de caractère, et plaisir à transformer des types mélodiques familiers en conversation de chambre raffinée. Le quatuor s’inscrit aussi dans la préoccupation plus large de Mozart, dans les années 1780, pour les textures chambristes mixtes — ces œuvres qui explorent la manière dont un instrument à vent modifie la rhétorique de l’ensemble à cordes (on pense, par exemple, au Quatuor pour hautbois en fa, K. 370, dans la même catégorie du « quatuor avec vent »).[1]
Composition et dédicace
Le catalogue Köchel de la Fondation Internationale Mozarteum indique le quatuor comme une œuvre authentifiée et complète (Transmission: extant), composée à Vienne en 1786–87.[1] Des traditions plus anciennes ont parfois associé K. 298 à une date « 1778 », mais l’édition critique moderne considère qu’il s’agit d’une mention trompeuse plutôt que du véritable moment de composition.[3][4]
Instrumentation (selon la tradition manuscrite et l’usage courant en concert) :[1][3]
- Vents : flûte
- Cordes : violon, alto, violoncelle
Aucune dédicace n’est fermement établie dans la notice principale du catalogue, et l’on comprend généralement la pièce comme destinée à des amateurs cultivés et à des amis plutôt qu’à une commande publique.[2] En ce sens, elle illustre un idéal viennois : une musique de chambre sophistiquée dans le détail, mais dimensionnée pour un salon.
Forme et caractère musical
Le quatuor compte trois mouvements (environ 10 à 12 minutes à l’exécution) et s’affirme avec économie plutôt qu’avec une ampleur symphonique.[2]
Mouvements :[2]
- I. Andante — thème et variations
- II. Menuetto (ré majeur)
- III. Rondeau: Allegretto grazioso (avec une indication de tempo d’une ampleur inhabituelle et teintée d’humour)
I. Andante — Thème et variations
Dès l’ouverture, sur un Andante d’un bel aplomb, Mozart choisit la forme à variations plutôt que l’entrée en matière plus attendue en forme sonate-allegro. Ce choix annonce d’emblée une rhétorique sociable, de type salon : au lieu d’un affrontement tonal dramatique, le mouvement devient une suite de points de vue changeants sur une même idée musicale. Particulièrement séduisante est la façon dont Mozart répartit l’intérêt entre les instruments : chacun obtient ses moments de premier plan, si bien que la ligne chantante de la flûte est sans cesse requalifiée par la couleur et le registre des cordes.[5]
Pour l’auditeur, le gain se mesure à la sensation que le timbre devient lui-même un principe structurant. La variation n’est pas ici une simple parure ; elle offre une manière élégante d’examiner le comportement d’une mélodie lorsqu’elle passe de la flûte aux cordes puis revient — démarche qui anticipe l’idéal chambriste plus mûr de « quatre voix intelligentes », mais dans un idiome mêlant vents et cordes.
II. Menuetto
Le Menuetto (avec son trio contrastant) conserve une élégance de surface, tout en étant plus qu’un intermède mondain. En ré majeur, il éclaire la palette sonore et donne à la flûte l’occasion de se fondre plutôt que de dominer, rejoignant souvent le violon dans des figures légères, comme une conversation.[2] En concert, ce mouvement central peut apparaître comme la charnière du quatuor : l’instant où le jeu de variations policé du début bascule vers l’humour plus théâtral du finale.
As an Amazon Associate we earn from qualifying purchases.
III. Rondeau: Allegretto grazioso — la plaisanterie « comme ci comme ça » de Mozart
Le finale est la carte de visite du quatuor. Mozart l’affuble d’une consigne fameusement tatillonne et comique — en substance, il avertit les interprètes de ne jouer ni trop vite ni trop lentement, mais « comme ci comme ça », et d’exécuter avec garbo (élégance) et expression.[2] Mais cette plaisanterie n’est pas un simple gag plaqué de l’extérieur : elle renvoie au caractère même du mouvement, qui repose sur le timing — l’art subtil de paraître nonchalant tout en restant d’une exactitude rythmique implacable.
Musicalement, le thème du rondo a un balancement d’allure opératique, et Mozart le traite comme une petite scène. Les retours du refrain ressemblent à l’entrée d’un personnage familier depuis les coulisses ; les épisodes opèrent des changements rapides de texture, de registre et de rôle instrumental. Les cordes ne se réduisent pas à un accompagnement : l’esprit de la ligne de basse du violoncelle et les commentaires de la voix intérieure de l’alto contribuent à l’impression d’une comédie de chambre consciente d’elle-même.
Réception et postérité
Même si K. 298 n’occupe pas le même piédestal public que les derniers quatuors à cordes ou les concertos pour piano de Mozart, l’œuvre est restée solidement ancrée au répertoire flûte-et-cordes et circule largement dans des éditions et parties modernes.[3] Son attrait tient à tout ce que Mozart accomplit avec des moyens limités : une pièce compacte qui sonne pourtant de façon indéniablement « Mozart viennois », par son équilibre de fini, de chaleur et de malice.
Pour les interprètes, le quatuor rappelle que la musique de chambre de Mozart se réduit rarement à un seul protagoniste. La flûte a beau posséder le timbre le plus lumineux, le plaisir naît de l’intelligence collective — se transmettre les motifs, nuancer les accompagnements, calibrer l’articulation pour que l’humour relève du style plutôt que de l’emphase. Pour l’auditeur, K. 298 mérite l’attention comme un essai tardif et urbain sur l’instrumentation mixte : une musique qui sourit, qui converse et — pour finir — délivre sa chute avec des manières parfaites.
As an Amazon Associate we earn from qualifying purchases.
[1] International Mozarteum Foundation (Köchel Catalogue): KV 298 work entry (genre classification, authenticity, Vienna dating)
[2] Wikipedia: Flute Quartet No. 4 in A major, K. 298 (movements, finale tempo inscription, general overview)
[3] IMSLP: Flute Quartet in A major, K. 298 (instrumentation; notes on misdating and sources; editions/parts)
[4] Neue Mozart-Ausgabe (NMA) online, English preface PDF: *Quartets with one Wind Instrument* (context for autograph source and editorial dating)
[5] Jonathan Blumhofer: program note on Mozart’s *Flute Quartet in A major, K. 298* (variation movement spotlighting of instruments)












