K. 523

Abendempfindung an Laura, K. 523 (fa majeur)

di Wolfgang Amadeus Mozart

Silverpoint drawing of Mozart by Dora Stock, 1789
Mozart, silverpoint by Dora Stock, 1789 — last authenticated portrait

Abendempfindung an Laura (K. 523) est le Lied allemand le plus introspectif de Mozart : une mĂ©ditation de cinq minutes sur la quiĂ©tude du soir et la mortalitĂ© humaine, achevĂ©e Ă  Vienne le 24 juin 1787.[1] Écrite pour voix seule et piano, l’Ɠuvre se distingue dans sa production de lieder par son sĂ©rieux continu et par un dialogue entre chanteur et clavier d’une subtilitĂ© peu commune.[2]

Origines et contexte

Pendant les annĂ©es viennoises de Mozart, le Lied allemand n’était pas son principal terrain d’expression public ; l’opĂ©ra, les concertos et la musique de chambre dominaient Ă  la fois sa production et le marchĂ© musical de la ville. Pourtant, en 1787 — alors qu’il travaillait aussi sur Don Giovanni (K. 527) et d’autres projets majeurs — il composa un groupe remarquable de mĂ©lodies pour voix et clavier, rĂ©vĂ©lant un intĂ©rĂȘt aigu pour une expression intime, guidĂ©e par le texte.[2]

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Abendempfindung an Laura (« Sentiment du soir “à Laura” »), K. 523, s’inscrit dans ce moment de maturitĂ© viennoise. Mozart data le Lied du 24 juin 1787 Ă  Vienne (il avait 31 ans), et l’Ɠuvre est solidement attestĂ©e par les catalogues et les Ă©ditions ultĂ©rieures.[1] Pour des auditeurs qui connaissent Mozart surtout comme compositeur de théùtre, Abendempfindung peut surprendre : il n’y a ni situation scĂ©nique ni masque de personnage, mais une voix lyrique continue qui contemple le temps, l’éphĂ©mĂšre et l’approche de la mort.

Texte et composition

Le poĂšme s’ouvre sur une scĂšne vespĂ©rale simple — coucher de soleil et clartĂ© de lune — puis, strophe aprĂšs strophe, se tourne vers une mise au point morale et affective : les « plus belles heures » s’enfuient, et le locuteur imagine des amis en larmes au bord de la tombe, les exhortant plutĂŽt Ă  un souvenir doux.[2] La paternitĂ© du texte fait depuis longtemps dĂ©bat ; les ouvrages de rĂ©fĂ©rence contemporains dĂ©crivent souvent l’auteur comme inconnu, mĂȘme si Joachim Heinrich Campe est frĂ©quemment avancĂ© comme candidat possible.[2]

La mise en musique de Mozart est conçue pour voix seule et piano (un mĂ©dium domestique, Ă  l’échelle du salon, plutĂŽt qu’un dispositif public de virtuositĂ©).[3] Le choix compositionnel le plus rĂ©vĂ©lateur est le refus du « confort strophique » au sens habituel : bien que le poĂšme se dĂ©ploie en strophes, la surface musicale reste en perpĂ©tuelle rĂ©action — changeant de couleur, d’allure et d’harmonie pour Ă©pouser le passage de la description Ă  l’aveu, de la consolation Ă  l’inquiĂ©tude.

CaractĂšre musical

En fa majeur, Mozart installe une atmosphĂšre de tendre immobilitĂ©, sans pour autant cĂ©der Ă  une facilitĂ© pastorale. La ligne vocale est ample et cantabile (souvent plus proche d’un rĂ©citatif d’opĂ©ra transfigurĂ© en mĂ©ditation lyrique que d’un chant d’allure populaire), exigeant un legato soutenu et une nuance attentive du texte. La partie de piano ne relĂšve pas d’un accompagnement au sens simpliste : elle encadre la voix de figures soupirantes, de pulsations mesurĂ©es et de « tournants » harmoniques qui dĂ©stabilisent doucement le calme apparent lorsque le texte regarde la mortalitĂ© en face.[2]

Ce qui rend Abendempfindung singulier dans la production de lieder de Mozart, c’est prĂ©cisĂ©ment cet Ă©quilibre entre la tenue classique et l’intimitĂ© psychologique. LĂ  oĂč bien des chansons allemandes de la fin du XVIIIe siĂšcle recherchent une grĂące immĂ©diate, celle-ci maintient pendant plusieurs minutes une seule humeur rĂ©flĂ©chie — une intĂ©rioritĂ© presque proto-romantique, obtenue sans renoncer Ă  la clartĂ© mozartienne de la phrase et des proportions. En rĂ©cital, elle peut faire office de centre de gravitĂ© discret : l’exemple de la façon dont Mozart, mĂȘme hors de l’opĂ©ra, savait faire entendre une voix humaine comme si elle pensait en temps rĂ©el.

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[1] Mozarteum Köchel Catalogue entry for K. 523 (work metadata, sources, Neue Mozart-Ausgabe reference)

[2] Reference overview with date, context, and discussion of the Lied and its text (secondary)

[3] IMSLP work page (instrumentation and score access for voice and piano)